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Titre de l'analyse : Beauté Congo: Qu'y a-t-il à la télé ce soir ?

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In the March issue of ART AFRICA, titled 'Looking Further North,' Olivia Anani reviewed Beauté Congo at the Fondation Cartier in Paris. The French Institute of South Africa (IFAS) translated her review from English to French for our Francophone readers. 

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JP Mika, Kiese na kiese, 2014. Oil and acrylic on fabric, 168.5 x 119 cm. Pas-Chaudoir Collection, Belgique.

© JP Mika. Photo: Antoine de Roux.

Il y a exactement dix ans, après l'exposition "Africa Remix" qui a alimenté tant de discussions, la prestigieuse Fondation Cartier de Paris a organisé sa grande exposition sur "la nouvelle vogue".

Le terme "nouvelle" tire son importance capitale de la façon dont il vient éclairer ce projet quelque peu ambigu. L'approche historique adoptée par le commissaire - une tentative savante d'exploration de quatre-vingt-dix ans d'art congolais - s'est curieusement transformée en une série d'épisodes digestibles semblables aux programmes du dimanche d'une chaîne de télévision. Telle que vue à la télévision nationale, l'exposition était flamboyante, accompagnée de "sapeurs", de belles femmes et de la plus fine cuisine de fusion africaine, offerte par le jeune et brillant chef Dieuveil Malonga. Les affiches publicitaires jaune vif présentaient un tableau de Jean-Paul Mika, représentant un homme et une femme à la peau grise, dansant et riant. La femme était vêtue d’une jupe en pagne wax et d’un haut gris, et l'homme d’un pantalon à carreaux et d’une chemise blanche. Les deux personnages portaient des lunettes de soleil de sport, des colliers tendance et leurs lèvres rouge vif laissaient apparaître une dentition éclatante. Tout était radieux et plein de vie. L'exposition dispose du bagage historique qu'il faut (sous la forme de tableaux et de documents d'archives datant des années vingt), d'images élégantes (photos de Kinshasa au milieu du siècle par Jean Depara) et de quelques prouesses techniques (des maquettes de Bodys Isek Kingelez).   

Dire que l'exposition "Beauté Congo" est un succès populaire serait un euphémisme. Il faut être à Paris pour comprendre l'incroyable réaction du public. Dans ce pays qui a une longue histoire avec le Congo, on commence à se demander ce qui se passe. 

Après analyse, l'exposition est tout sauf nouvelle. Le commissaire, André Magnin, est une figure bien connue lorsqu'il s'agit des œuvres de Chéri Samba, Malick Sidibé et d'autres artistes africains canoniques ; c'est également un collaborateur de longue date de la Fondation Cartier. Cette dernière n'est d'ailleurs pas elle-même étrangère aux artistes du continent. En 1990, Chéri Samba fut invité dans les anciens locaux de la Fondation, à Jouy-en-Josas. Une rétrospective de son œuvre fut organisée en 2004 dans les locaux actuels de la Fondation, sis Boulevard Raspail. En 1995, Bodys Isek Kingelez y organisa également une exposition solo.  En 2012, la séance d'échanges "Histoires de Voir" exhiba une sélection d'art congolais  des années 20 aux années 40. Contrairement à l'opinion publique, il ne s'agit pas d'une nouvelle vague, mais bien d'une ancienne tendance qui se mord la queue. C'est là l'une des critiques les plus fortes qui puissent être formulées à l'endroit de l'institution.    

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Jean Depara, Untitled, c. 1955-65. Gelatin silver print, 77 x 113 cm. Collection Revue Noire, Paris. © Jean Depara.

Photo Courtesy Revue Noire.

A une époque (et surtout dans une ville) où l'apparence de la connaissance compte plus que tout, on réussit une exposition en faisant paraître le connu inconnu, afin que l'audience ne se sente pas trop éloignée des images qui lui sont familières, et néanmoins soit divertie. C'est exactement l'effet produit par "Beauté Congo". Elle s'inspire de la récente rhétorique de l'Afrique en ascension (Africa rising), une célébration de la créativité africaine, sans pour autant aller trop en profondeur. 

Où sont les curateurs "invisibles", les théoriciens, les historiens de l'art, les artistes ? Où sont les Chéri Samba quinze ans plus tard ? L'exposition de quelques tableaux de ce dernier reflétant la lutte pour le pouvoir entre le 'Sud' et 'l'Occident', et entre l'artiste africain et le collectionneur occidental, est loin d'être suffisamment discursive et critique. Le défunt Kiripi Katembo a certes reçu un hommage bien mérité (la nouvelle de son décès inopportun étant arrivée au moment où l'exposition était déjà bien en cours), mais lui et Sammy Baloji seuls ne sauraient adéquatement refléter toutes lestendances actuelles du Congo. Ce n'est que pendant les "soirées nomades", puissantes mais inégales en termes de programmation, que l'on a pu dans une certaine mesure avoir une idée de l'art congolais actuel et écouter des voies alternatives et pertinentes sur la pratique artistique contemporaine. Parmi les invités il y avait plusieurs collectifs, des chanteurs, des musiciens, des chorégraphes et même la Station Spatiale Panafricaine Chimurenga. 

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Installation view of ‘Beauté Congo - 1926-2015 - Congo Kitoko, July 2015’. Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris.

Photo : Luc Boegly.

L'exposition m'a fait manquer un des atouts historiques de la Fondation : une certaine capacité à aller au-delà des attentes. Depuis 1984, la Fondation Cartier a été une institution pionnière dans le domaine de l'art contemporain. Sarah Sze, qui représentait les Etats-Unis avec sa série "Triple Point" lors de la Biennale de Venise en 2013, est exposée à la Fondation depuis 1999. Lors d'un entretien avec RUKH, une revue trimestrielle indépendante consacrée à la culture, l'art et la société dans le monde arabe, Grazia Quaroni, l'une des programmatrices en chef de la Fondation, définissait les valeurs de la Fondation en ces termes: "...le mot 'curiosité' est celui qui décrit le mieux l'esprit de la Fondation Cartier pour les projets qui tournent autour des mathématiques, des films, de la mode, du Rock'n'roll ou du design. Nous sommes une fondation dévouée à l'art contemporain dans un sens large. Nous devons être curieux vis-à-vis de tout." Espérons que nous retrouverons encore un peu de cette curiosité.

Olivia Anani est une écrivaine, conseillère culturelle et spécialiste des enchères basée à Paris, avec une expérience particulière dans les Etudes Asiatiques et l'Art contemporain. Née en Côte d'Ivoire, elle parle couramment Mandarin et son travail se focalise sur les relations Afrique/Asie, la mobilité culturelle et les identités fluides. Elle est fondatrice du projet 'Fast Forward (2014)' à Pékin. 

‘Beauté Congo – 1926-2015 – Congo Kitoko’ s'est tenue du 11 juillet 2015 au 10 janvier 2015 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris, France.

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